Chaque année, entre 120.000 et 150.000 jeunes sortent du système scolaire sans qualification ni formation. Ils ont entre 16 et 20 ans, ont quitté le lycée sans obtenir leur baccalauréat, leur CAP ou BEP. Chez leurs parents pour certains, tombés dans une forme de marginalité pour d’autres, la société perd toute trace de ces jeunes. Certains se sont véritablement éloignés du marché du travail et réapparaissent vers 25 ans dans les fichiers du Pôle emploi, lorsqu’ils viennent alors réclamer leur droit au RSA. Pour certains, le décrochage a duré parfois jusqu’à 9 ans, rendant quasi impossible toute démarche de réinsertion professionnelle. Le coût social est énorme et se chiffre à l’échelle d’une vie.

Le problème des jeunes décrocheurs a une certaine réalité en France, puisqu’il touche plus d’un jeune sur dix.  L’OCDE estime à 11 % en France le pourcentage des jeunes de 15-24 ans sans qualification ni formation que l’organisation qualifie de «laissés pour compte» (le calcul du nombre se fait proportionnellement à l’ensemble de la catégorie d’âge et pas seulement par rapport aux seuls actifs). Ce sont eux qui sont les premiers touchés par l’allongement de la phase d’insertion et d’intégration durable qui suit la sortie du système éducatif et par l’explosion des insécurités sociales. La France se singularise également par le fait que contrairement à la moyenne de l’OCDE, la part des jeunes décrocheurs chez les 15-24 ans a légèrement augmenté ces dix dernières années (+ 1,1%).

Il existe de nombreux dispositifs qui visent à une meilleure prévention du décrochage et favorisent l’accompagnement de ces jeunes, notamment celui des missions locales qui fournissent un travail conséquent en la matière. Mais face à un tel défi deux logiques mériteraient d’être inversées. D’abord, passer d’une logique d’accompagnement à une logique de véritable resocialisation. Ensuite, passer d’une logique actuelle basée sur la volonté du jeune à se réinsérer à une logique d’incitation forte du jeune à s’engager dans un projet professionnel.

Proposition 1 : L’affiliation des jeunes décrocheurs à un Pôle public de l’insertion professionnelle : d’une logique d’accompagnement à une logique de resocialisation 

– Il est impératif de recenser l’ensemble de ces jeunes décrocheurs. Comme ils n’ont pas accès du fait de leur âge à la solidarité nationale, il est particulièrement difficile de savoir leur nombre encore moins de savoir où ils se trouvent pour pouvoir tenter de les insérer dans le monde du travail. L’affiliation à ce pôle public serait un corollaire du versement d’une indemnité contractuelle en contrepartie de l’engagement dans un projet professionnel. Outre le fait d’apporter une réponse sociale à l’exclusion de certains décrocheurs, ce mécanisme est une véritable garantie que la plupart des décrocheurs feront les démarches pour s’affilier et obtenir une aide. Ce système permettrait d’avoir une véritable photographie de l’ensemble des décrocheurs sur le territoire et permettrait en conséquence un meilleur traitement du décrochage. A la différence des autres programmes d’accompagnement vers l’emploi utiles comme le programme TRACE, il mettrait en place une contrepartie telle que son action ne se focalisera pas sur les jeunes déjà bien informés mais bien sur l’ensemble des jeunes en besoin. Le nombre de décrocheurs non affiliés pourrait être avec ce mécanisme aussi marginal que le nombre de personnes non affiliées à la sécurité sociale.

– Ce Pôle public pourrait se construire autour des missions locales par un renforcement de leurs compétences et en créant des synergies avec les structures existantes. Le rapport du Conseil économique et social sur le bilan de 25 années de politique de jeunesse pointe aujourd’hui le trop grand nombre de structures à destination des jeunes : « Afin de mettre en œuvre les nombreux dispositifs composant la politique d’insertion des jeunes, une multitude de structures dont les missions se recoupent souvent, a progressivement vu le jour. Ce foisonnement de structures est issu de l’instabilité législative et résulte aussi du fait que le législateur procède par création de structures nouvelles sans toucher à la définition des missions de celles qui existent ». Les points d’information ou d’accompagnement des jeunes se sont donc multipliés sans grande cohérence. Pour n’en citer que quelques-uns on peut trouver : le CIO, CRIJ, BIJ, PIJ, CIDJ, AFPA, APEC, missions locales, CIFF, CIDF, Cap emploi, PLIE, CIBC, ect…Ce système est devenu très couteux, peu productif et surtout illisible pour de nombreux jeunes. Il est nettement possible aujourd’hui d’imaginer la création à coût constant d’un Pôle public de l’insertion issu de la synergie de nombreuses de ces structures.

– Un objectif de « resocialisation ». Sa tache serait de remettre le pied à l’étrier des jeunes de 16 à 25 ans sans qualification, sans emploi ni formation, dans la recherche d’un emploi ou la reprise d’une formation mais également dans toutes leurs démarches (logement, aides sociales,…) dans une optique de lutter contre le chômage mais aussi contre l’exclusion. Ce pôle serait une plateforme capable de coordonner l’ensemble des acteurs locaux (notamment entreprises et collectivités du bassin d’emploi,…). Ses agents devraient être spécialement formés aux questions d’orientation, d’insertion et d’actions sociales. Chaque jeune inscrit aurait un référent unique qui l’accompagnera tout au long du processus et avec lequel il préparera un plan d’action pour reprendre le travail ou une formation. Le référent aiderait le jeune décrocheur à trouver des annonces d’emploi, à rédiger son CV, à préparer les éventuels entretiens, à faire le bilan des éventuels échecs. Il aurait la tache de lui apporter des informations nécessaires à la vie en entreprise (code vestimentaire, de langage, etc..).             

Proposition 2 : un projet professionnel adapté à chaque décrocheur

Les jeunes décrocheurs n’ont pas tous les mêmes profils ni les mêmes besoins. Pour leur apporter une réponse adaptée, il est indispensable que la personne chargée du suivi personnalisé effectue, dès l’affiliation, un diagnostic de leur situation. Dès l’affiliation, deux pistes pourraient immédiatement être proposées: un emploi aidé assorti d’une formation professionnelle ou une formation permettant d’obtenir un diplôme. Lorsqu’ils ne savent pas lire ou écrire, l’obtention d’un emploi aidé ou d’une formation diplômante pourrait être précédée du suivi d’un plan d’action permettant d’acquérir ces savoirs de base.

– Un véritable plan de lutte contre l’illettrisme de certains décrocheurs: certains jeunes sortent de l’école sans avoir acquis le socle de base si indispensable pour pouvoir prétendre à travailler. Donner à ces jeunes la possibilité de suivre une formation dispensant la lecture ou l’écriture est évidemment indispensable avant toute tentative d’insertion par un contrat aidé ou une formation qualifiante.

– Permettre de valider le diplôme manqué de peu et valoriser les acquis : Pour le jeune qui a suivi un cursus diplômant mais a tout lâché avant l’obtention du diplôme, il est impératif de reconnaître qu’il n’a pas rien fait et de reconnaître le temps passé dans ce cursus. Il a manqué parfois à ces décrocheurs quelques modules pour obtenir le diplôme, parfois de nombreux modules, le tout étant de s’accorder sur le fait que d’autres ont été validés, que des matières ou domaines ont été acquis ou maîtrisés. Une des pistes serait de donner la possibilité à ces décrocheurs de valider leur diplôme en reprenant une formation ciblée sur les modules manquants. Aucun jeune ne doit sortir de l’école sans acquis ni qualification, il faut donc, dès la formation initiale favoriser la traçabilité des acquis.

– Un emploi aidé assorti d’une formation professionnelle : Le but est de s’attaquer au problème du chômage potentiel de longue durée ou de l’apparition de schémas de chômage répété chez les jeunes, en les aidant à avoir une expérience professionnelle et par l’acquisition de compétences professionnelles. L’objectif est simple : ne pas laisser les jeunes s’éloigner de la logique de l’insertion. Pendant son contrat et sa formation, chaque jeune continuera à bénéficier de l’encadrement du pôle public. A la fin du contrat et de la formation, les référents aideraient les jeunes à trouver un emploi et à valoriser l’expérience et la qualification acquises.