Lutter contre le décrochage scolaire entre 3 et 6 ans

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Plusieurs études, dont Le rapport du haut Conseil de l’éducation de 2007, montrent que ceux qui arrivent en primaire en difficulté, ont du mal à rattraper leur retard. Ainsi, 20 % des élèves à l’entrée du primaire ont des difficultés à lire, les chiffres de la JAPD mettent en évidence que 20 % des 18 ans ont également des difficultés à lire… autant agir dès le début (même si on peut interroger le primaire et secondaire qui semblent ne pas être en mesure également de remplir leur rôle pour tous) ! D’autant plus que ces difficultés sont prépondérantes, devant même l’origine sociale (« De fait, les chances de parvenir en sixième à l’heure ou en avance sont deux fois plus liées à ce niveau initial [à l’entrée du CP] qu’à l’origine sociale ou au niveau d’études des parents », Les inégalités de réussite à l’école élémentaire : construction et évolution, France, Portrait social, Edition 2006 – Jean-Paul CAILLE et Fabienne ROSENWALD).

Ainsi, nous pensons que l’on peut changer l’école maternelle, sans la révolutionner non plus, car cette exception française n’apparaît pas particulièrement en retard sur d’autres formes de pré-primaire dans les comparaisons internationales ; si ce n’est que les effets de cette scolarisation semblent paradoxalement  s’estomper assez vite, sauf pour les enfants de 4 ans où elle est décisive pour la réussite scolaire dans la suite de la scolarité (étude de la DEPP de décembre 2012, Linda Ben Ali).

Enfin, moins dans un intérêt scolaire que pour une meilleure prise en compte et accueil des tous petits, nous pensons que la scolarité à 2 ans constitue une bonne orientation afin de pallier aux premières inégalités face à l’école. A titre indicatif, le taux de scolarisation des enfants de 2 ans est passé d’un taux stable de 35 % entre 1990 et 2001, à 12 % en 2011. Et alors qu’à Rennes ou Lille ce taux est de 35 % (contre 60 % en 2001), à Paris ce taux est de 3 %, tout comme dans l’académie de Créteil (respectivement à 11 % et 22 % en 2001). Et si les ZUS, ZEP, zones classées RRS ou éclair (dans les grandes villes surtout), scolarisent un tiers de ces enfants scolarisés, il reste un effort à faire dans ces zones, mais aussi en zone rurale. Il y a donc un choix à faire sur ce sujet, d’autant que la situation empire depuis dix ans.

De plus, depuis  le décret du 6 septembre 1990 (suite à la loi d’orientation de 1989), la maternelle est « à cheval » entre préscolaire et partie intégrante de l’école primaire, ce qui la place simultanément face à la critique de confronter tôt les enfants au cadre scolaire ou à l’inverse de n’être finalement qu’une garderie (cf. propos d’un ministre de l’éducation nationale).

Nos propositions :

1- Repenser la formation des maîtres, qui sont formés dans une optique d’école primaire, comme si la maternelle devait se calquer sur ce modèle, en leur donnant une formation spécifique et adaptée.

2- Rendre obligatoire la scolarisation à 2 ans, car la faible scolarisation des moins de 6 ans (et des moins de 3 ans) touche en priorité les zones urbaines, les enfants dont les parents n’ont pas le français comme langue maternelle, et les classes moyennes inférieures. De plus cet accueil  serait financièrement moins cher à la collectivité et serait gratuite pour les familles.

3- Suivre les exemples d’autres pays, où la maternelle est plus un lieu de socialisation, d’éveil, véritablement préscolaire.

4- Mettre en place à l’échelle locale des interactions entre les personnels des crèches et la maternelle d’une part et de la maternelle et l’école primaire de l’autre.

5- Suivre l’exemple de ce qui peut se faire au primaire, en dédoublant l’encadrement pour les classes où le besoin se ferait sentir,  grâce aux ATSEM pour les moyenne et grande sections, et des travailleurs qui pourraient exercer en crèche (redéploiement des personnels de crèches si scolarisation obligatoire à 2 ans) pour les petite et très petite sections. Car plus que par la suite, ce besoin de personnel est important et permettra de faire des économies dans la suite du parcours scolaire (la France est en retard sur la moyenne OCDE sur le taux d’encadrement, c’est l’un des principal point où elle est en retard : Regards sur l’éducation 2012, OCDE).

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