Le G20 des 5 et 6 septembre intervient au paroxysme de la crise diplomatique syrienne, et à un moment où l’économie mondiale se trouve de nouveau dans une zone à risque. Très attendu pour avancer sur des enjeux majeurs tels que la réglementation des marchés financiers, le sommet doit aussi et surtout permettre de construire une coalition internationale audacieuse pour intervenir en Syrie.

Déjà, l’agenda initial du G20 ne manquait pas d’enjeux. De la lutte contre l’évasion fiscale et les paradis fiscaux à la régulation financière, la volonté d’une gouvernance plus juste et plus efficace, aboutissement indispensable à la résolution de la crise, est une priorité.

L’été n’a toutefois pas allégé les urgences. Bien au contraire. Alors que la zone euro semble sortir de la crise, les pays émergents connaissent une tempête financière avec un plongeon de leur monnaie, conséquence du changement annoncé de la politique monétaire américaine. La tension est d’autant plus forte en raison de la fragilité du dialogue : lorsque les émergents ont demandé aux Etats-Unis une communication plus claire sur le sujet, ceux-ci se contentent de répondre qu’ils devraient être satisfaits de la reprise de la première économie mondiale. L’enjeu du G20 est donc de pacifier les relations entre les Etats-Unis et les pays émergents.

Ces crispations économiques suffiraient à elles seules à occuper l’agenda politique et médiatique du sommet. Mais ce n’est pas sans compter le compte à rebours d’une éventuelle intervention militaire en Syrie. Après deux ans et demi de guerre civile, 110 000 morts, 2 millions de réfugiés et le carnage du 21 août, les Occidentaux sont poussés à agir mais semblent divisés. Or, la situation tragique, dont personne ne nie la gravité, ne peut rester sans réponse. Comme le dit Hubert Védrine : « en Syrie, c’est la crédibilité même de l’Occident qui est en jeu. »

Le G20 doit, à cet égard, être l’occasion de susciter une prise de position audacieuse, jouant ainsi son rôle de plateforme de dialogue pour réagir de façon concertée. Aucun pays n’a la légitimité d’agir seul. Une rencontre telle que le G20 permet d’adresser un signal fort en faveur d’une intervention militaire commune, et d’une sortie de crise durable. Déjà à l’approche du Sommet, la Russie organisatrice a ouvert la porte à la possibilité d’une intervention militaire en Syrie.

Et pourquoi ne pas attendre une prise de position de l’Union européenne sur la Syrie ? Car si seuls les États ont la prérogative sur les questions militaires, il serait souhaitable que l’Europe adopte une position diplomatique commune. C’est là tout le rôle de la France, avec les autres Etats membres, d’avancer des options concertées et jouer le jeu européen.

Par Pierre-Alix Binet

04/09/2013