Un an et demi après l’abrogation de la circulaire Guéant, la France est redevenue attractive auprès des étudiants étrangers, dans un contexte où l’ouverture au monde est devenue une condition sinequanone à la prospérité. Un rapport pointe toutefois en mai dernier les efforts à mener pour rénover notre modèle d’accueil.

La rentrée s’annonce cette année sous de meilleurs signes pour les étudiants étrangers.  Grâce à l’abrogation de la circulaire Guéant il y a un an et demi, ils sont de plus en plus nombreux à venir étudier dans l’hexagone et à vouloir rester y travailler. Contestée, la circulaire demandait aux préfets de restreindre les demandes d’autorisation de travail des étudiants en exerçant un « contrôle approfondi » des demandes de changement de statut des étudiants étrangers. Au final, la circulaire avait abouti au rejet de plus de 70% des dossiers, contre l’acceptation de 80% des requêtes depuis la fin 2012.

Ce ‘’retournement législatif’’ épouse l’attractivité naturelle de la France pour les étudiants étrangers. En effet, la France est le 4ème pays séduisant le plus d’étudiants, avec près de 260.000 élèves accueillis (7 % du total) en 2011, derrière les Etats-Unis (19%), le Royaume-Uni (11 %) et l’Australie (8 %). A noter que l’Hexagone avait alors cédé en 2009 sa troisième place de pays d’accueil à l’Australie. Les principales motivations qui poussent à choisir la France sont la qualité de la formation (45%) devant la connaissance de la langue française (37%) et la valeur du diplôme français (33%). Viennent ensuite l’intérêt culturel de la France, la réputation de l’enseignement français (31%) ainsi que le coût des études (22%).

La volonté de l’actuelle majorité de faire de cette attractivité un atout, et non pas une peur, est le fruit de plusieurs facteurs. D’abord, il est dérangeant moralement de ‘’remercier’’ les étudiants de la France dans laquelle ils plaçaient un espoir professionnel, qui les a formés, et qui les renvoie chez eux. Ensuite, attirer les étudiants étrangers revient à renforcer la visibilité internationale de la France, de son économie et de sa culture. Cela permet aussi de confronter les étudiants français à un monde global en rencontrant une diversité de profils et en apprenant de nouvelles méthodes de travail. Enfin, cette attractivité a des retombées directes sur l’économie. Former des étudiants étrangers revient à préparer une main-d’œuvre mieux qualifiée créatrice d’emplois, d’une manière générale en France mais aussi par les ponts qu’ils créeront entre leur pays et leur terre d’accueil.

Une politique intelligente d’attractivité universitaire suppose alors d’investir et inciter les meilleurs étudiants étrangers à venir étudier et travailler en France. C’est toute la philosophie de la circulaire qui a remplacé celle de M. Guéant en mai 2012, un des premiers gestes politiques de François Hollande après son élection. La loi sur l’enseignement supérieur et la recherche (ESR), entrée en vigueur le 22 juillet 2013, contient aussi des dispositions pour faciliter les démarches des étudiants étrangers pendant leurs études : la création d’un titre de séjour pluriannuel pour toute inscription en master ou doctorat, la création de guichets uniques, l’allongement de six à douze mois de la période pendant laquelle les étudiants en fin de cursus peuvent chercher un emploi sans risquer l’expulsion.

Certes, des difficultés administratives persistent et certains critères d’évaluation pour le passage du statut d’étudiant à celui de salarié restent trop restrictifs. Quatre corps d’inspection se sont par ailleurs penchés en mai 2013 sur la façon dont on accueille en France les talents étrangers. Leur rapport de 123 pages est très sévère. Même si la France redevient attractive, un certain nombre de points négatifs persistent : un « accueil administratif décrié », un suivi insuffisant des étudiants (pendant et après leurs études), une faiblesse dans l’aide à l’apprentissage du français, de grosses difficultés de logement, des bourses en nombre déclinant, et des changements réglementaires incessants. Une politique d’attractivité renouvelée doit alors prendre en compte l’assouplissement des visas de circulation pour certains publics, l‘amélioration de la qualité de l’accueil, une politique du logement à l’égard des étudiants étrangers.

Pierre-Alix Binet

09/09/13