Au sein de l’Europe, la critique économique de l’Allemagne est souvent assimilée à de la germanophobie. Les autres pays voudraient que l’Allemagne prenne ses responsabilités afin de les soutenir, mais cela est souvent écarté d’un revers de main, car on considère que l’on reproche à l’Allemagne une situation dans laquelle on les autres états se seraient mis tout seul.

En effet, le modèle allemand, tout en n’étant pas exempt de reproches (taux de pauvreté, accès des femmes au marché du travail, vieillissement de la population,…), est érigé comme le modèle que les autres économies devraient suivre. Choix du travail par rapport au chômage (au prix des minijobs), réformes structurelles, amélioration de la qualité des produits vendus avec le pouvoir de fixation des prix qui en découle, sont quelques exemples des spécificités économiques de l’Allemagne. Malgré un certain coût social, il est indéniable que le dialogue syndical, la capacité politique à trouver des consensus, le faible taux de chômage, l’immobilier peu cher, sont autant d’atouts qui renforce l’économie allemande.

 Ainsi, la critique principale portée sur l’Allemagne concerne la contrepartie de son exédent commercial et de la faible consommation des allemands. D’une part la balance commerciale des pays européens est en grande partie déficitaire vis-à-vis de l ‘Allemagne, car les performances à l’exportation sont aussi bien effectives dans le reste du monde qu’en Europe. La France qui est déficitaire d’environ 70 milliards d’euros, est déficitaire par rapport à l’Allemagne de 20 milliards ! D’autre part, le manque de dynamisme de la consommation en Allemagne n’aide pas à soutenir les exportations de ses partenaires. Par conséquent, alors que les pays de la zone euro font de la restriction budgétaire, une hausse de la consommation allemande entraînerait une hausse des importations de l’Allemagne, dont une partie s’adresserait à ses partenaires européens. Aussi, cela s’apparenterait à de la relance budgétaire sans ajouter aux déficits des pays européens et sans pénaliser la croissance allemande.

Qu’en est-il de la critique faite que l’Allemagne seule devrait résoudre tous nos problèmes ? Tout d’abord, il est évident que cela ne résoudrait pas notre compétitivité hors-coûts : la qualité des produits français ne serait pas améliorée parce que l’Allemagne augmenterait sa demande ! En revanche, d’un point de vue politique et de solidarité intereuropéenne, tout comme une politique fiscale équitable demande aux plus aisés de contribuer un peu plus à l’impôt relativement aux plus pauvres, il ne serait pas anormal que l’Allemagne qui se porte mieux fournisse également des efforts. Sauf à dire que les pauvres sont pauvres par leur faute, et que les plus riches ne devraient pas s’acquitter de l’effort national ! De plus, c’est aussi et avant tout l’intérêt de l’Allemagne.

En effet, le ralentissement de la demande de ses partenaires pénalise les exportations de l’Allemagne et sa croissance. À moyen terme, l’Allemagne doit rééquilibrer son économie vers la consommation (un peu comme la Chine d’ailleurs) : d’une part, cela redynamisera la demande interne et relancera les investissements qui sont en berne en Allemagne ; d’autre part, les moyens mis en œuvre, comme la mise en place d’un salaire minimum, permettraient d’améliorer la condition des travailleurs pauvres et donc contribueraient à une politique de l’emploi qui prendrait en compte beaucoup plus qu’auparavant l’aspect social. Dans le même sens, l’accès plus important des femmes-mères au marché du travail qui permettrait d’augmenter la consommation, irait vers une plus grande égalité entre les sexes.

 Finalement, ces critiques ne se limitent plus à certains cocardiers français, mais émanent aussi bien du FMI, que de l’OCDE, de la Commission, et de plus en plus au sein des économistes allemands. Si le rééquilibrage allemand n’est pas la solution miracle de la reprise économique de la zone euro, en revanche il ne peut que contribuer à l’Allemagne et à la zone euro. L’instauration d’un salaire minimum, posée comme condition d’une participation au pouvoir du SPD, est bien le signe que les choses évoluent dans le bon sens, même si le chemin est encore long vers la santé économique retrouvée de la zone euro.

B.Q.

21/11/2013