Anne Hidalgo, brillamment investie comme candidate du parti socialiste, hérite d’un grand atout, qui est aussi un handicap. Après douze années de mandat, et malgré un électorat plutôt favorable, elle incarne forcément la continuité de l’équipe municipale actuelle et doit faire face à la nationalisation inévitable du scrutin. Les législatives partielles promettent un vrai challenge au parti socialiste pour les municipales. Après une nette accélération depuis septembre, Anne Hidalgo a su donner le tempo dans sa campagne par le biais d’interventions médiatiques réfléchies avec des messages précis. Son gros avantage a été de commencer sa campagne très tôt. Plutôt que de commencer très tôt dans les médias, elle a d’abord fait le choix de s’entourer de la nouvelle génération du PS, mais aussi d’intellectuels parisiens, de patrons ou encore de la sphère écologiste.

Déjà loin en amont de la campagne, Anne Hidalgo a su développer des outils de communication et de réflexion innovants et sortant du champ des campagnes traditionnelles. A ce titre, son think tank, « Oser Paris » est une réussite. Avec l’objectif d’élaborer son programme, Oser Paris fonctionne tel un forum citoyen, notamment sur Internet. Chaque Parisien peut contribuer aux groupes de travail thématiques consacrés aux modes de vie, à l’économie, aux transports ou aux questions sociales à Paris. Cet outil permet à la candidate socialiste d’utiliser la démocratie participative pour dessiner un projet cohérent aux attentes des Parisiens.

Sa campagne digitale est le point fort de sa communication. Son site est très clair, et si coté réseaux sociaux, Hidalgo a une moins grande communauté sur Facebook et Twitter que sa rivale, cela ne l’empêche pas d’innover en termes de communication politique digitale avec l’organisation de Hang out en Novembre, (service de webcam via Google +, qui a été utilisé pour la première fois en janvier 2012 par Barack Obama) pour permettre aux Parisiens de lui poser directement des questions. Ces pratiques sont cruciales de par l’importance des réseaux sociaux dans la campagne, surtout à Paris où la population y est très présente.

A propos de sa stratégie médiatique, la présence d’Anne Hidalgo sur les différents médias et supports est équilibrée. Elle préfère mettre en lumière dans la presse sa présence lors d’inaugurations, commémorations ou actions de la ville de Paris. Lors de ses interviews, elle n’hésite pas à montrer qu’elle est proche des Parisien-ne-s, en parlant de ses dimanches en famille, de ses petits plaisirs musicaux, tout ceci pour donner de la proximité avec son électorat. Elle a, par exemple, ouvert à Paris Match les portes de sa maison du 15e arrondissement quand elle s’est lancée en campagne en posant avec son mari, sous le titre : « Anne Hidalgo prend Paris dans ses bras. » En bref, Anne Hidalgo sait se faire comprendre par tous, et ne s’adresse pas seulement aux intellectuel-le-s parisien-ne-s.

Enfin, sur le plan politique, Anne Hidalgo parvient à s’affranchir des présupposés idéologiques en prônant l’ouverture. Un excellent article du Monde l’explique d’ailleurs très bien en montrant qu’elle entend toujours s’ « enrichir des différences » en s’ouvrant à l’ensemble des forces progressistes et en créant un accord fort avec le PCF. C’est avec habilité que depuis octobre, elle prend de la distance sans pour autant renier totalement le gouvernement et sa famille politique. Cela ne l’a pas empêché à se dire favorable « à un remaniement » le 10 novembre face aux crises successives du gouvernement de Jean-Marc Ayrault.

Malgré les sondages donnant gagnante Anne Hidalgo, le match n’est pas joué d’avance. Tous les candidats déclarés n’ont pas dévoilé leur stratégie. Et à 5 mois des élections, tout peut arriver. Si elle tient son cap, reste en cohérence avec ses idéaux et sa communication, la candidate socialiste a toutes ses chances de gagner Paris.

Par Mickaël Burlot.

@ Crédit photo : François Lafite

22/11/2013