A l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage « La solidarité ça existe… et en plus ça rapporte ! » (Michalon, 2013), Serge Guérin s’appuie sur la mobilisation des collectivités territoriales, le développement de l’économie circulaire, le monde associatif et l’entrepreneuriat social, pour expliquer qu’une société décentrée et solidaire est bel et bien en marche. Point d’aencrage est allé à sa rencontre.

Dans quelle mesure les nouveaux métiers de l’accompagnement permettraient de refondre notre modèle social ?

Face aux transitions majeures – énergétique et démographique – que nous connaissons, nous devons inventer une société qui soit plus économe en terme de ressources naturelles et de deniers publics, tout en accompagnant mieux les personnes en fragilité, dont les personnes âgées et en privilégiant les démarches de prévention. La social-démocratie ne répond plus :  faute d’argent public disponible, de corps intermédiaires réellement représentatifs et de possibilité de retrouver des taux de croissance capables de favoriser l’emploi. Il me semble difficile de penser des politiques de solidarité inclusives sans mobiliser l’économie sociale et solidaire, le monde associatif et le bénévolat doivent prendre toute leur place.

La solution réside dans une société plus ancrée dans le développement local, l’économie circulaire, les solidarités de proximité et les liens intergénérationnels. Alors que la mondialisation a fait exploser la capacité de protection et de sécurisation de l’avenir des États, une société « à côté » émerge. Ainsi il y a neuf millions d’aidants en France qui s’organisent pour construire des solidarités, des liens sociaux, des dynamiques de coopération. Ce groupe social incroyable montre que le care n’est pas qu’une théorie et s’ancre dans le réel.

Par ailleurs, des politiques adaptées à la réalité des populations et des ressources doivent être pensées au sein des territoires. C’est vrai, les métropoles doivent être au cœur des priorités politiques pour réussir à s’intégrer à la mondialisation. Mais ne faudrait-il pas effectuer un balancement identique en renforçant la logique départementale pour les zones plus éloignées des grands centres ?

C’est autour de ces deux pôles de centralité et de vie au quotidien, que l’on pourrait imaginer, réfléchir, inventer une société ”plus durable”.

En quoi une société décentrée et solidaire permettrait de faire face à la crise économique et institutionnelle ?

D’abord, la société de consommation se transforme. Alors que le système économique repose encore sur la surconsommation, les générations vivent aujourd’hui plus longtemps, conservent les produits plus longtemps, consomment moins, privilégient l’auto production (jardinage, bricolage…)… Le fait de vivre plus longtemps renvoie au développement durable avec des êtres humains qui « durent » plus longtemps…

Ensuite, il importe d’accompagner les personnes dans une approche de prévention qui concerne la santé, via en particulier la nutrition et l’activité physique adapté, mais aussi les manières de consommer afin des les aider à faire des économies tout en réduisant le gâchis. L’éducation et prévention peuvent éviter des problèmes en amont et permettre de réaliser les économies et, partant, de réduire la dépense publique pour l’orienter vers l’investissement dans les secteurs d’avenir et dans l’accompagnement social.

L’allongement de la vie est une opportunité formidable via l’accompagnement des plus fragiles et le soutien à l’implication sociale des 93% des plus de 60 ans qui sont en forme. La loi proposée par Michèle Delaunay s’inscrit dans cette perspective. Le défi se joue sur les territoires et passera par la mutualisation des services publics, la coopération entre les acteurs (collectivités, économie sociale et solidaire, associations, retraités bénévoles, entreprises et artisans), la priorité à la prévention. En cela, une société décentrée et solidaire peut être une chance pour faire face à la crise économique et institutionnelle.

 

Propos recueillis par Pierre-Alix Binet.

6/12/2013

Serge Guérin est sociologue, docteur (hdr) en sciences de la communication, professeur à l’ESG Management School, il enseigne dans le master politiques gérontologique de Sciences Po Paris. Il  contribue à faire prendre conscience de la seniorisation de la société et insiste sur ses effets positifs. Il a largement contribué à faire émerger la problématique des aidants et du don, il propose un prolongement du « care » via la notion d’accompagnement et d’écologie sociale. Il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages dont dernièrement La solidarité ça existe… et en plus ça rapporte ! (Michalon, 2013), Le droit à la vulnérabilité, avec Th Calvat (Michalon, 2011), La nouvelle société des seniors (Michalon, 2011) et De l’Etat providence à l’Etat accompagnant (Michalon, 2010).