Notre responsabilité d’Européens

0
229

[Libération] C’était un 30 novembre, il y a quelques semaines. La police ukrainienne dispersait violemment les milliers de manifestants pacifiques venus sur le Maïdan – la place de l’Indépendance dans le centre-ville de Kiev – pour contester la décision du président Ianoukovitch de tourner le dos à l’Europe. Ce virage – soudain et inattendu – et le tournant autoritaire qui a suivi signifiaient sans doute pour la plupart d’entre eux la fin d’un rêve, celui d’un Etat de droit, d’une démocratie digne de ce nom et d’un avenir européen. Depuis, la situation a changé. Les lois liberticides, adoptées le 16 janvier puis abolies le 28, ont conduit à la radicalisation et à la violence entraînant la mort de cinq manifestants. Dans plusieurs régions le pouvoir local a été pris par l’opposition. Face à cette crise l’Union européenne tarde à parler d’une seule voix et a tendance à sous-traiter la politique de voisinage aux pays limitrophes.

Pour comprendre la situation en Ukraine aujourd’hui, il faut revenir à la révolution orange de 2004. A cette époque des milliers de manifestants pacifiques ont obtenu la tenue d’élections libres et démocratiques, qui ont conduit à l’élection d’une majorité modérée et résolument tournée vers l’Europe. Dès 2005, l’une des importantes mesures prises par la «majorité orange» a été l’abolition des visas pour des séjours de courte durée des citoyens de l’UE. Une mesure symbolique mais très importante : l’Ukraine a ainsi ouvert ses bras et ses frontières à l’Europe. En échange, les dirigeants et citoyens ukrainiens attendaient un geste de l’UE. Un signe de bienvenue, d’ouverture et de simplification pour améliorer les échanges diplomatiques, économiques et humains. Ce signe ne viendra jamais et c’est là une importante erreur politique de l’Union. En tournant le dos à l’Ukraine qui se relevait, l’Europe a ouvert la voie au retour rapide de Ianoukovitch et des siens au pouvoir.

Comment ne pas répéter cette erreur aujourd’hui ? L’UE doit impérativement introduire plus de souplesse et d’ouverture dans les mécanismes de coopération et dans sa politique de voisinage. Des étapes intermédiaires peuvent être introduites entre une coopération renforcée et le processus d’adhésion, notamment pour faciliter la mobilité des citoyens.

En revanche, elle ne doit plus hésiter à être ferme quand les règles de la coopération ne sont pas respectées par les pouvoirs en place.

Les outils existent, il s’agit donc de mettre en place un «langage de vérité» européen qui permettra d’agir avec détermination contre les privations de libertés en Ukraine, au Bélarus, en Russie, en Turquie ou ailleurs. Pour lutter contre la corruption, l’UE peut disposer aussi d’un outil efficace : les lois du type «liste Magnitski». Adoptée par les Etats-Unis et plusieurs fois discutée dans les résolutions au Parlement européen, une telle loi permettrait à l’UE d’interdire l’entrée de son territoire des personnes liées à la corruption et aux violations des droits humains et de geler leurs comptes bancaires et leurs biens immobiliers.

L’Europe ouvrirait alors ses portes aux citoyens des pays voisins tout en les fermant aux éléments corrompus et redorerait quelque peu l’image de l’Union auprès de ses propres citoyens.

La crise ukrainienne montre qu’au-delà de nos frontières l’Europe incarne un espoir. Un espoir de paix, de liberté et d’Etat de droit, une garantie de non-retour vers les ténèbres des totalitarismes. Aujourd’hui, les Européens et l’Union Européenne doivent prendre conscience de cette responsabilité, et ne pas décevoir ces espoirs.

>> voir l’article

SHARE
Previous articleDessin du jour
Next articleDessin du jour

NO COMMENTS

LEAVE A REPLY