La thèse resurgit régulièrement : nous connaitrions l’époque de la fin des idéologies. Une époque moins exaltante mais plus apaisée, où le bien-être de l’individu primerait sur celui de la collectivité. Pour autant, les idéologies ne peuvent être que vivantes car elles constituent les grilles d’interprétation du monde. Pour le philosophe Paul Ricoeur, l’idéologie constitue « l’ensemble des mécanismes symboliques grâce auxquels l’homme se comprend dans une culture donné ». S’ensuit une bataille des idées où des visions du monde se confrontent dans la logique wébérienne selon laquelle, au-delà de l’exercice de la force, « toutes les dominations cherchent à éveiller et à entretenir une croyance en leur légitimité ».

En cela, il convient d’assumer le rapport de force constant entre les idéologies, et défendre ses convictions avec l’argumentation la plus intelligente, l’énergie la plus imposante et la détermination la plus percutante.

Aujourd’hui, le combat des idées en France souffre d’une asymétrie dans le rapport de force. Quand bien même la gauche est confrontée à l’exigence du pragmatisme induite par la conduite du pouvoir, la droite se retrouve dans une impasse idéologique. L’absence de dynamique de la droite républicaine, et l’impensé politique de la droite humaniste, conduisent ainsi à une multiplication des mouvements  « anti », qui, bien que n’ayant que très peu de traits communs, deviennent l’opposition légitime.

Dans cet espace public devenu marais où cohabitent espèces en voie de disparition, prédateurs et simple plancton, la gauche au pouvoir est dans une position subtile. En effet, il est subtil de vouloir rassembler en face de révoltés qui ne pensent qu’à la révolte. Pourtant, la social-démocratie n’est pas la division mais bien le dialogue, la construction ensemble et non le campement figé des positions.

Soyons audacieux et ne lâchons rien dans les débats qui structurent notre engagement à gauche ! Si la méthode actuelle pour défendre n’est pas la bonne, prenons notre temps et revenons à la charge avec détermination et courage pour évacuer d’un revers de main les débats nauséabonds que nous subissons de plus en plus fréquemment.

Pierre-Alix BINET