Le Mexique, usine du monde du XXIème siècle ?

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Selon la division internationale du travail couramment admise, la Chine est « l’atelier de la planète ». De nombreuses firmes multinationales possèdent en effet des centres de production sur le littoral chinois, à l’instar du taiwanais Foxconn, sous-traitant controversé d’Apple. Cette tendance s’est dessinée durant le règne de Den Xiaoping à partir des années 1980 avec la création des zones économiques spéciales (ZES). Néanmoins, à y regarder de plus près, au XXIème siècle, le Mexique pourrait bien ravir le titre « d’atelier du monde » à la Chine.

Les salaires chinois ont longtemps été très bas, offrant à ce pays un avantage significatif en termes de compétitivité-prix. Cependant, les salaires sont actuellement en train de connaître un « grand bond en avant ». D’après une étude du Boston Consulting Group de juin 2013, entre 2005 et 2010, les salaires ont en moyenne progressé de 19% par an. Le Bureau national des statistiques chinois confirme par ailleurs cette tendance : en 2011 et 2012, les salaires ont respectivement augmenté de 18% et 17%.

Ces hausses de salaires ont pour avantage d’accroître le niveau de vie des travailleurs et donc d’augmenter la demande intérieure. Ainsi, même si la compétitivité-prix des produits chinois diminue à l’exportation, l’immense marché intérieur du pays est à même de prendre le relais pour alimenter la croissance du pays. En outre, ce modèle de développement est plus à même de garantir une certaine stabilité sociale et politique au pays.

Avec cet ajustement économique chinois, le Mexique semble en passe de reprendre le flambeau « d’atelier du monde », et ce pour plusieurs raisons.
Tout d’abord, le Mexique est voisin des Etats-Unis d’Amérique, réduisant ainsi les coûts de transport pour accéder à ce juteux marché. Ce fait est par ailleurs accentué par un coût de l’énergie favorable, car le prix du gaz mexicain est fixé sur le cours américain. D’après l’étude précitée, l’électricité est par exemple 4% moins chère au Mexique qu’en Chine. En outre, la main d’œuvre mexicaine est encore, malheureusement, peu payée, ce qui constitue un avantage supplémentaire en terme de compétitivité-prix. Toujours d’après l’étude du Boston Consulting Group, le coût horaire d’un employé mexicain sera en 2015, rapporté à sa productivité, inférieur de 30% à celui d’un employé chinois. Enfin, avec 44 accords de libre-échange, dont le plus connu est l’ALENA avec les Etats-Unis et le Canada, le Mexique est inséré dans la mondialisation. Les marchandises produites sur son sol ont ainsi un accès facilité aux marchés étrangers.

En revanche, le pays souffre de problèmes récurrents qui déstructurent son économie. Outre une criminalité organisée colossale susceptible de freiner les investissements étrangers, le Mexique est confronté à une corruption endémique : ainsi, concernant la corruption perçue, l’ONG Transparency International classe le pays à la 122e place (sur un total de 177). De plus, de par ses liens économiques étroits avec les Etats-Unis et le faible niveau de salaire de sa population, l’économie mexicaine est très dépendante de la demande, et donc de la conjoncture américaine.

Néanmoins, malgré ces obstacles, les industriels français ne doivent pas hésiter, notamment pour être compétitifs sur le marché américain, à investir dès à présent dans ce pays qui présente des atouts à même d’en faire, pour un temps, la Chine du XXIème siècle. En outre, si le Mexique parvient à relever le défi de la lutte contre la criminalité, la corruption et à faire progresser de manière significative son savoir-faire industriel, il lui sera possible de conjuguer augmentation de productivité et progression des salaires, afin de s’installer dans un cycle de développement socialement juste et efficace économiquement.

Mehdi Mahammedi-Bouzina

01/03/2014

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