L’IVG, un droit humain fondamental

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L’égalité entre les hommes et les femmes est mise en avant lors de la prochaine Journée de la femme le 8 mars, mais la question actuelle est bien celle de l’incessante quête de la liberté pour la femme de disposer de sa vie comme elle le souhaite. De ce fait, l’émergence de la femme contemporaine se fait dans le passage notamment d’une maternité vécue comme une contrainte naturelle et sociale à un contrôle total, se faisant moyen d’affirmation de soi via une maternité désormais revendiquée et choisie. Changement opéré avec la loi Veil de 1974, avancée décisive pour la liberté des femmes et pour leurs droits, qui rendait l’IVG légale dans la période de moins de douze semaines de grossesse. Une avancée qui reste toujours à conquérir, car, malgré la facilité d’accès aux moyens de contraception, l’IVG est inexistante dans de nombreux pays, passible de mort pour celles qui la pratiquent ou y ont recours, et elle se retrouve constamment fragilisée, notamment en Europe (France et Espagne) où une pensée néo-conservatrice est toujours prompte à réclamer sa suppression.

En effet, il y a quelques mois, l’Assemblée Nationale a adopté une loi supprimant la notion de « détresse » qui figurait dans la loi d’origine de 1974, suppression qui explicitait  la réalité pratique la plus commune, mais en la rendant également gratuite pour toutes les femmes, et même si le recours à l’IVG est bien rentré dans les mœurs françaises, cette loi a donné lieu à une levée de boucliers de la part d’une partie de la droite qui réclamait le déremboursement de l’IVG, et elle a suscité également des manifestations nommées « Marche pour la vie » qui remettaient en question ce droit. De telles attitudes ne sont pas tant passéistes que foncièrement choquantes car le déremboursement incite de fait aux avortements clandestins qui sont de véritables catastrophes sanitaires. Quant au « droit à la vie », réclamé par les manifestants, il serait judicieux de leur rappeler que ce droit, c’est avant tout celui de mener sa vie en toute liberté, de refuser de garder le résultat d’un viol, d’avoir le courage de renoncer à une grossesse. Un avortement n’est pas une partie de plaisir, les femmes – et les jeunes filles – qui y ont recours ne sont pas des personnes irresponsables et capricieuses, réclamant une IVG de confort et sélective, comme on peut le lire dans certains forums. La maternité n’est pas une fin en soi, c’est un projet qui se choisit, qui doit se vivre comme un acte libre, pour les femmes mais aussi pour les hommes. C’est une décision libre qui respecte la liberté civique et individuelle de chacune et de chacun. Et oui, on ne fait pas l’amour juste pour avoir des bébés. Remettre en cause l’IVG aujourd’hui, c’est remettre en cause demain la pilule du lendemain, la pilule et l’ensemble des moyens de contraception.

Mais si le gouvernement français a renforcé l’IVG, ce débat renvoie à une loi plus grave qui doit être présentée après les élections européennes en Espagne. L’IVG y est légalisée depuis 2010 jusqu’à la quatorzième semaine de gestation, mais le projet lancé par le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy le prohibe, en fait un crime, y compris en cas de malformation du fœtus, puisque le texte plaiderait le droit des non-nés. De fait, une femme qui souhaite avorter ne pourra le faire qu’en cas de danger prouvé pour la santé physique ou psychologique de la femme ou après un viol qui devra faire l’objet d’une plainte préalable. Mais un système très complexe l’attend encore car il lui faudra avoir deux consultations obligatoires du médecin traitant, l’avis favorable de deux psychiatres, un rendez-vous avec une assistance sociale se chargeant d’expliquer ce qu’est la maternité. Un processus long qui crée un retard d’un mois à un mois et demi, rendant de fait tout avortement impossible. Par conséquent, comme avec le déremboursement, de profondes inégalités réapparaîtront puisque les femmes les plus aisées iront se faire avorter à l’étranger alors que les autres auront recours à des cliniques clandestines et des « faiseuses d’anges », avec le désastre sanitaire que cela implique.

Ce projet espagnol est en opposition totale avec les avancées progressistes que l’Europe est censée porter et ils contredisent les grands travaux que mènent l’ONU. En effet, un rapport des Nations Unies datant de 2011 affirme que les nations devraient garantir pour toutes les filles et les femmes un droit à l’accès à l’avortement, considéré comme un droit humain. La lutte pour le droit mondial à l’IVG fait partie de la lutte générale des Nations Unies contre la considération des femmes comme une « minorité », et contre toute forme de violence faite à l’encontre des femmes (viol, violences conjugales, mariage forcé, excision), qui revient toujours à vouloir soumettre et contrôler les femmes. L’Europe devrait également se porter garante d’un tel droit : s’il existe un droit des femmes à disposer de leur corps, un tel droit reste soumis aux interprétations nationales. L’Europe se doit d’énoncer de grandes directives qui empêcheraient la négation des libertés humaines, comme cela serait le cas avec la suppression de l’IVG. Et ce d’autant plus que le projet de loi espagnol a déclenché une grande mobilisation avec une série de manifestations en Europe, montrant un véritable soutien pour la garantie de ce droit et soulignant sa légitimité dans des sociétés libres et démocratiques comme les nôtres. Si cette pratique est menacée partout dans le monde et de manière constante, l’Europe se doit de se montrer là encore exemplaire, ce qui pourra peut-être influencer d’autres pays, car c’est à travers de telles lois que l’on promeut l’égalité, la justice, la paix et le développement. Défendre l’IVG, c’est défendre le droit des femmes, le droit d’être libre, libre de ses actes, de sa vie, et de son corps.

Par Pauline Roujean

7 mars 2014

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