En 1900, l’espérance de vie est de 43 ans pour les hommes et 47 ans pour les femmes. Elle a augmenté de plus de 30 ans en un siècle, créant un 3eme âge différent du 4eme. Le défi démographique est au moins aussi décisif pour cette première moitié de XXIe siècle que le défi énergétique. Malgré la situation difficile de notre pays  – moins d’argent et plus d’âgés !-  notre Gouvernement a choisi de le relever.

La vieillesse se définit en partie par la proximité de la mort, nouveau tabou de nos sociétés modernes. Autrefois, la mort et la vieillesse sont omniprésentes et acceptées. Stefan Zweig dans Le monde d’hier  décrit ces jeunes adultes qui, au début du 20eme siècle, se vieillissent en portant la barbe et en devenant opulent pour devenir respectable.  Aujourd’hui chacun se refuse à penser la mort, cette « aventure horrible et sale »,  les vieux meurent seuls et à l’hôpital. Isolés, ils sont décimés pendant les canicules. Ce désintérêt est à l’origine du vide juridique et politique des dix dernières années envers la politique de l’âge.

Je repousse ce  mépris pour les vieux. Je le repousse parce qu’il est le symbole d’une politique qui divise la société, parce que personne n’échappe à ce sujet, parce qu’il  concerne chacun d’entre nous pour aujoud’hui et pour demain. Je le repousse parce qu’il abaisse notre niveau de conscience d’une société globale et unie et parce qu’il diminue mon pays.

Voyez comme ce qui est profondément juste est profondément politique : la politique de l’âge, en donnant à nos ainés, une raison supplémentaire de voter à gauche les distrait du vote du front national. En agissant pour les âgés, on leur ôte le fusil. La démographie fait démocratie.

D’ici dix ans,  l’expression « la force de l’âge » devrait grandement changer de sens. Ce sera une force politique et électorale.  Les âgés de demain sont ceux qui ont « dépavé le boul’mich’ » hier. Ils ont fait la révolution en 68 ;  demain ils changeront nos villes, nos logements,  acteurs de la politique de prévention, ce seront des sportifs, informés de leurs droits qui refuseront toute discrimination. Ces nouveaux âgés seront plus « jeunes », plus actifs, plus informés. Plus citoyens que caritatifs, ils veulent être des acteurs du monde, ils veulent construire plutôt que pallier, ils veulent être plus qu’avoir été. Les âgés de demain devront faire la démonstration que la grande chance de leur longévité n’est pas seulement individuelle mais collective. Les femmes, en particulier, ont œuvré pour leur émancipation. Nous leur devons d’agir pour lutter contre la perte de leur autonomie demain.

Quelle place, quel rôle les âgés dans une société dont ils constitueront le tiers en 2015 ? »Quand la vieillesse dure 30 ans, elle n’est plus une part de vie à occuper mais une part de vie à accomplir » répète à l’envie la Ministre des personnes âgées et de l’autonomie, Michèle Delaunay. Plus de pendule d’argent qui dit oui qui dit non et puis qui les attend, leur monde n’est plus petit à  l’heure où la médecine régénérative promet de vivre jusqu’à 130 ans en 2050, l’allongement des espérances de vie a déjà profondément transformé le panorama des existences.

Changer le regard sur les personnes âgées, telle est notre ambition. Ceci nécessite d’accepter, de connaitre et de comprendre la vieillesse. Mieux appréhender la vieillesse permet de mieux accompagner, de mieux aider, de mieux soigner et de mieux prévenir.

Le champ complet de l’avancée en âge sera couvert par les trois volets de la loi : anticipation (et prévention), le moteur de la loi; adaptation de la société à la longévité qui est le plus beau cadeau que nous a fait le XXe siècle ; accompagnement de la perte d’autonomie. Ce « triple A » marquera une avancée sociale et sociétale majeure pour notre pays.

La prévention constitue le 1er volet de la loi de programmation et d’orientation pour l’autonomie qui sera présentée en Conseil des Ministres  le 9 avril prochain. Jardinage, activité physique, attitude active sur internet repoussent toutes les formes de démence et font gagner en longévité. La loi lutte aussi contre l’isolement des personnes âgées grâce au dispositif MONALISA qui regroupe différentes associations.

Le volet adaptation fait du domicile un allié et permet de repousser l’âge de l’entrée en maison de retraite  par un recours facilité aux aides techniques. Création de services personnalisés, chemin lumineux pour circuler, aides techniques,  domotique sont des atouts pour lutter contre la perte d’autonomie.

Ce volet réaffirme par ailleurs les droits des âgés, il renforce leur consentement  notamment lors de l’entrée en maison de retraite, garantie la liberté d’aller et venir.  La Ministre des personnes âgées et de l’autonomie refuse d’assimiler les établissements pour personnes âgées à des lieux privatifs de liberté. Puisque nous naissons libres et égaux en droit, nous méritons de vieillir dans les mêmes conditions. Pour cela, il faut lutter contre les discriminations que peuvent subir les âgées.

Ils représentent également un atout économique incroyable. Les innovations et les nouveaux besoins font naitre de nouveaux services, l’accroissement de la demande nécessite des adaptations culturelles. La silver economie est une filière qu’il faut organiser et structurer, de manière à fédérer toutes les entreprises agissant pour ou avec les personnes âgées.   Cette nouvelle filière représente une promesse de croissance, elle devrait créer 300 000 emplois d’ici 2020 d’après les statistiques de la DARES. Quel autre secteur de l’économie peut en dire autant ?

L’accompagnement de la dépendance est le 3ème volet de la loi. Les allocataires dépendant pourront bénéficier  de davantage d’aides à domicile. Une aide au répit est également prévue pour offrir aux aidants un temps de repos.

Notre devoir à tous, qui que nous soyons, les législateurs  comme les professeurs, les journalistes comme les politiques, c’est de répandre, c’est de dépenser, c’est de prodiguer, sous toutes les formes, toute l’énergie sociale pour combattre et détruire les préjugés.   De diriger toutes les âmes, de tourner toutes les attentes vers une vie ultérieure où les vieux auront leur place. Ce qui rend l’homme fort, bon, sage, patient, bienveillant, juste, c’est d’avoir devant soi la perpétuelle vision d’un meilleur, rayonnement à travers les méandres de cette vie.

 Cécile ROGNONI

2/04/2014