Cette proposition est un extrait du rapport du cycle culture de point d’aencrage visant à promouvoir une nouvelle approche de la transmission de la culture.

Face au désinvestissement et à la concentration des publics nous proposons de faire des citoyens les acteurs de la programmation culturelle en proposant la création du « 1% participatif » pour encourager le financement participatif de la création artistique et culturelle.

 

Financement participatif et culture

Plus de 78 millions d’euros ont pu être récoltés en 2013 grâce au financement participatif ou crowdfunding contre 12 millions en 2012. En période de crise cet engouement pour un financement alternatif de l’économie laisse présager un champ des possibles dont il est nécessaire de se saisir.

Avant tout cet engouement traduit une volonté de plus en plus forte des Français d’investir dans les projets auxquels ils croient. Cet engagement citoyen est particulièrement fort dans le financement de la culture. Le succès de sites comme mymajorcompany, kisskissbankbank et plus récemment le financement participatif de la rénovation de la Victoire de Samothrace (permettant de lever plus
d’1 millions d’euros) sont pour nous le signe d’une mutation profonde dans la façon d’appréhender le financement de la culture et pourquoi pas de l’économie de la culture dans son ensemble.

Depuis quelques temps, les phénomènes de multiplication des festivals et de recentrage de l’économie de la musique autour de la production de concerts soulignent notre intérêt croissant pour l’expérience collective[1]. Le financement participatif de la culture, en ce qu’il permet de réactiver le sentiment d’appartenance à une communauté, est une opportunité importante pour le renouvellement des modes de financement de la culture mais également pour ré-impliquer  dans le processus culturel, en ce sens qu’un investissement même modeste dans un projet (sur le site kisskissbankbank la moyenne des dons est de 45€, les dons commençant à 5€) oblige sinon responsabilise l’investisseur quant à la réussite du projet soutenu.

Face au désengagement et à la concentration des publics[2] dans les institutions culturelles plus classiques et moins populaires que les festivals et concerts, le financement participatif peut apporter une solution face à l’image souvent austère et exclusive, et donc parfois excluante, des institutions publiques[3].

Le 1% participatif

En matière de culture et comme souvent en France, l’impulsion de la puissance publique est nécessaire pour entraîner un changement dans notre société.

Depuis 1951, pour relancer et soutenir la création artistique, a été mise en place la règle dite du « 1% artistique »[4]. Cette règle impose à chaque maître d’ouvrage public de réserver un pour cent du coût de la construction pour la commande ou l’acquisition d’une ou plusieurs œuvres d’art spécialement conçues pour le bâtiment. Cette initiative a permis la commande de plus de 12 300 œuvres auprès de 4 000 artistes dont parmi eux Matisse, Picasso, Othoniel ou encore Boltanski. Au-delà de la simple commande et de la volonté de préserver la vitalité artistique d’un pays, cette mesure permet surtout à tous d’accéder à l’art contemporain en intégrant celui-ci dans le quotidien.

Fort de cette réussite, nous proposons de nous en inspirer pour appeler à la création du « 1% participatif ». Suite à la mise en place de cette nouvelle mesure, les institutions culturelles publiques auront pour objectif qu’a minima 1% du budget d’une production culturelle soit financé par des dons hors mécénat. Contrairement au mécénat, les dons faits dans le cadre du « 1% participatif » ne pourront donner droit à une déduction fiscale.

Cette nouvelle règle, qui peut être très aisément mise en place par le biais d’un décret dont les mesures sont par la suite mises en œuvre par circulaire, favoriserait le financement des institutions culturelles en encourageant sa diversification. À titre d’exemple, 1% du budget du musée du Louvre représente un peu plus de 200 000€[5], soit 4 fois plus que ce qui fut récolté lors de la campagne menée par le Louvre en vue de la restauration de la Victoire de Samothrace, et qui permit de réunir plus d’1 millions d’euros en seulement trois mois. Le but de cette proposition n’est pas d’encourager à terme l’Etat à se désengager du financement public de la culture mais bien au contraire d’offrir la possibilité au plus grand nombre de se réapproprier la culture en participant à son financement.

Afin de garantir le succès d’une telle initiative, il convient de créer un guichet unique pour récolter les dons des internautes et citoyens français. Ce site Internet pourrait avoir une déclinaison aisément adaptable sur les sites des institutions culturelles faisant appel aux financements participatifs.

La répartition des dons recueillis sur le guichet unique se ferait par péréquation, afin de ne pas léser les institutions qui auraient le plus de mal à recueillir le 1% de budget participatif.

Pour ne pas perdre de vue l’idée de participation à la vie culturelle de sa commune, région ou autre, s’il est difficilement envisageable de tracer le don, il peut être néanmoins envisagé la mise en place de compensation comme l’accès gratuit à x musée ou x représentation pendant une période donnée, sans pour autant corréler le niveau de compensation avec le montant du don, afin d’éviter toute discrimination.

Benjamin Amalric pour le cycle culture de PAE

Si vous souhaitez rejoindre le cycle culture  ou en savoir plus sur les travaux de point d’aencrage, contactez-nous : contact@pointdaencrage.org

 


[1] Dans son étude Chiffres clés, statistiques de la culture – 2014, le ministère de la Culture souligne que la part des dépenses « consacrée aux spectacles et au patrimoine augmente chaque année ».

[2] Dans son étude Chiffres clés, statistiques de la culture – 2014, le ministère de la Culture rappelle que « quelles que soient les pratiques, la hiérarchie des catégories socioprofessionnelles reste la même, les cadres supérieurs demeurent les plus engagés dans la participation culturelle et l’écart entre les cadres supérieurs et les ouvriers reste globalement stable »