[L’OBS] Élections européennes 2014 : cette campagne électorale est un grand gâchis

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L’OBS – Le Plus | 13-05-2014
C’est l’histoire d’une catastrophe annoncée. Alors que se profilent les élections européennes, l’UE suscite plus que jamais le désintérêt voire même des sentiments de défiance. L’abstention et le vote eurosceptique devraient ainsi être les grands gagnants de ce scrutin. Julien Bréa, membre du think tank Point d’Aencrage, qui regroupe des jeunes professionnels de gauche, déplore cette situation.
Le bruit court que des élections européennes auront lieu le 25 mai prochain. La rumeur est persistante, mais vérifier l’information n’est pas aisé. La télévision n’en parle pas, les réseaux sociaux restent prudents et personne dans la rue ne semble être au courant.

On a bien vu un Allemand à lunettes faire un meeting plutôt réussi au Cirque d’hiver à Paris, ou quelques journaux parler un peu d’Europe, mais on peine à croire que les Européens soient appelés aux urnes.

Ces élections seront un désastre

Les élections européennes ont bien lieu le 25 mai prochain en France, du 22 au 25 mai dans toute l’Europe, et la France, comme l’Europe, marchent sur la tête.

Le Parlement européen n’a jamais exercé autant de pouvoir, la Banque centrale européenne n’a jamais tenu autant de leviers de la croissance européenne et le gouvernement fait des pieds et des mains pour démontrer qu’il respecte ses engagements européens, même si la consolidation budgétaire met en danger le fragile regain d’activité économique. La transition énergétique et la lutte contre le réchauffement climatique n’ont jamais autant reposé sur une action concertée au niveau européen.

Mais on ne parle pas d’Europe. En dépit de toutes les questions qui déterminent notre vie quotidienne, et qui détermineront nos vies futures, les élections européennes sont superbement ignorées.

Bien sûr, de courageux candidats, un peu casse-cou, tardivement intronisés par leurs partis respectifs, font campagne, « labourent le terrain » et tentent de limiter les dégâts. Mais disons-le simplement : ces élections seront un désastre.

Un désastre pour l’Europe, un désastre pour son union, un désastre pour la démocratie, un désastre pour la France et, à terme, un désastre pour les Français.

Une occasion manquée

Ces élections constituaient une opportunité historique de créer un lien démocratique, et donc une forme de responsabilité politique, entre les citoyens européens et le prochain président de la Commission européenne. La fameuse « Commission de Bruxelles ». La vilaine, la méchante, celle qui oppresse les peuples européens.

L’occasion était donnée d’introduire, enfin, un peu de clarté dans la politique européenne en mettant le Parlement européen et les États membres de l’UE face à une responsabilité simple : veut-on, comme le permet le Traité de Lisbonne, renforcer la démocratie européenne en nommant à la tête de l’exécutif européen une personne liée à la majorité parlementaire issues des élections de mai ?

Le Parlement européen, et notamment les partis de gauche, avaient répondu oui, en nommant des têtes de listes. Pour les socialistes, Martin Schulz a ainsi commencé une campagne à l’échelle européenne autour de la réorientation de l’Europe vers une Union plus juste et plus sociale.

Parlement européen (VARELA/SIPA).

Soucieux de ne pas afficher un énième déni de démocratie, les gouvernements européens n’ont pas voulu contester le principe, même si la majorité d’entre eux, à commencer par le gouvernement de Mme Merkel, voit d’un très mauvais œil la nomination d’un président de la commission européenne ayant un minimum de légitimité démocratique.

Il y avait donc une opportunité historique de redonner à la démocratie européenne un tant soit peu de sens, mais la France fait l’autruche en se concentrant sur les gesticulations nocives du Front national. Pas de discussions en dehors des cercles pro-européens.

Le comble est atteint quand le service public refuse de diffuser le débat entre les candidats à la présidence de la Commission européenne. Et ces mêmes candidats, faute de soutien des partis nationaux, n’ont aucune audience.

Martin Schulz a beau formuler un discours articulé et réaliste, trop de personnes en France s’en moquent et préfèrent se gargariser des « mauvaises notes » que l’actuelle Commission européenne lui distribue.

Peu de changements à attendre

Dans ces conditions, que va-t-il se passer le 25 mai au soir ? Abstention massive, certainement prévisible, mais assurément amplifiée par l’absence de campagne réelle. Score historique du Front national, avec sans doute plus de 15 députés, qui se targuent d’ailleurs déjà d’aller faire les trolls à Strasbourg, comme si le processus politique européen n’était pas assez chaotique.

Le plus probable est que le scrutin ne fera en définitive pas émerger de majorité, et les partis représentés au Parlement européen n’auront d’autre alternative que de bricoler une coalition approximative et non un vrai contrat de mandat.

La conséquence immédiate de cette situation interviendra probablement le 27 mai, lorsque les chefs d’État européens se réuniront pour choisir le candidat à la présidence de la Commission européenne qu’ils proposeront au Parlement européen.

Ce dernier sera faible et divisé, car mal élu, et ne pourra guère opposer de résistance quand les États membres décideront qu’en l’absence de réel « vainqueur » aux élections, ils ne sont pas obligés de proposer l’une des figures mises en avant par les différents partis politiques. Ils proposeront ainsi probablement au Parlement européen d’élire une personne consensuelle et sans aspérités, ni légitimité politique forte, afin de compenser l’absence de leadership au Parlement.

L’hypothèse d’une Commission européenne un tant soit peu responsable pour son orientation politique s’envole, de même que celle d’un Parlement qui pourrait former une coalition forte autour d’un contrat de mandat dont les États membres devraient tenir compte.

Il ne reste que les institutions de l’UE, à la fois trop lointaines et trop présentes, comme elles le sont depuis trop longtemps. Et les problèmes transversaux qu’affrontent quotidiennement les citoyens resteront sans solution pour encore cinq ans.

À quand un vrai débat sur l’Europe ?

En tant que jeunes progressistes de gauche, nous ne pouvons que déplorer l’absence de campagne européenne, ainsi que le probable résultat des élections. Nous aurions bien aimé expliquer à quel point le fonctionnement de l’UE est problématique.

Nous aurions bien aimé montrer que la politique monétaire européenne a besoin et peut être changée sans modification des traités, qu’une fiscalité écologique européenne intelligente est possible, que la défense commerciale de l’Europe doit et peut être renforcée, sans tomber dans un protectionnisme stérile, ou encore que l’élargissement de l’UE est une bonne chose si la gouvernance politique de l’Europe est enfin renforcée au niveau de la zone euro.

Nous aurions aimé débattre et discuter de ces sujets et de beaucoup d’autres pour lesquels tout ou partie de la solution se trouve au niveau européen, mais c’est inutile. Notre pays a en effet décidé de ne plus parler d’Europe, et de laisser les mauvaises personnes devenir députés au sein d’un Parlement de plus en plus influent.

Une occasion manquée diront certains en versant des larmes de crocodile. Peut-être aussi le signe qu’il est temps que le débat européen s’installe au quotidien de notre vie politique nationale. La preuve surtout que l’Europe des experts à encore de beaux jours devant elle tant qu’un véritable débat démocratique ne sera pas engagé sur la politique européenne de notre pays.

Mais peu importe finalement, il sera beaucoup plus simple de se plaindre, et de dire que c’est la faute de « Bruxelles ».

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