160130portugalGrafLe Portugal s’est choisi un nouveau Chef de l’État le 24 janvier dernier. Le candidat de droite Marcelo Rebelo de Sousa a remporté l’élection présidentielle dès le premier tour avec 52% des voix. Il faisait la course en tête dans les intentions de vote depuis plusieurs mois donnant à ce scrutin une impression de bataille jouée d’avance. Un électeur sur deux s’est rendu aux urnes.

Homme modéré et charismatique, le futur Président est connu par plusieurs générations de Portugais pour son travail d’animateur de télévision. Il entrera en fonction le 9 mars prochain.

Un échec particulier pour la gauche

Le candidat en deuxième position, Antonio Sampaio da Novoa, a été distancé par le vainqueur par un écart éloquent de près de 30 points.

 

La gauche, partie en effet divisée avec sept candidats, paye tout d’abord le prix de sa division. En additionnant ses voix au soir du premier tour, elle ne représente que 45,5% de l’électorat portugais. Les résultats inégaux de quelques mois de gouvernement d’union de la gauche peuvent en partie expliquer ce score insuffisant.

 

L’écolo-communiste arrive en troisième position avec environ 10% des voix, suivie de l’indépendante Maria de Belém, qui se réclamait du Parti Socialiste sans toutefois obtenir son soutien.

 

Avec 4,24% des voix, son score est un échec manifeste, à contre-courant des études d’opinion depuis des mois. Le manque d’arrête dans son discours a probablement joué, d’autant que le candidat unique de la droite était un redoutable adversaire pour ce qui est de rassurer les électeurs en quête de stabilité et de modération.

 

L’autre candidat indépendant issu du Parti Socialiste, Henrique Neto, a terminé sous la barre des 1%.

 

Un échec pour les partis

Hormis Rebelo de Sousa qui bénéficiait du soutien de l’ensemble des partis de droite du pays et mis à part les deux candidats de la gauche radicale Marisa Matias et Edgar Silva, sept candidats ont fait campagne sans le soutien d’un parti.

Même si la fonction présidentielle est particulière dans le système politique du pays puisqu’elle est perçue comme arbitrale et donc au-dessus du jeu partisan, c’est la première fois qu’autant d’indépendants sont en lice pour une élection au Portugal.

 

Sans chercher à faire une comparaison hâtive avec d’autres situations politiques en Europe, notamment en Espagne ou en Grèce, force est de constater que les partis politiques dits « traditionnels » ne sont plus perçus par les candidats à la fonction suprême comme un sésame indispensable pour se présenter devant les électeurs.

 

Les partis ont d’ailleurs joué un rôle mineur dans cette campagne, mis à part à l’extrême-gauche où la culture du parti est plus importante. Le Président élu a expliqué dans chacun de ses discours électoraux qu’il serait un Chef de l’État indépendant, au-dessus des partis, évitant au maximum de mettre en avant ses attaches partisanes. Son parcours loin des appareils, à la télévision et dans l’avocature, lui ont à cet égard permis de s’en détacher avec facilité.

 

Le contexte politique, économique et social reste instable

En élisant un Président de la République dès le premier tour, les Portugais ont, une fois de plus, démontré leur attachement à la stabilité et à l’institution. Dès le soir de l’élection, la plupart des candidats ont reconnu leur défaite et ont déclaré que, comme pour tous les Portugais, Rebelo de Sousa était leur nouveau Président.

 

Présentant sa future fonction comme celle d’un « arbitre dans la mêlée », Rebelo de Sousa cherche à rassurer alors que l’actuel Président Cavaco Silva refuse toujours de promulguer une série de lois progressistes, notamment celle portant sur l’adoption par les couples homosexuels.

 

Si l’absence de socialistes aura permis au Premier Ministre d’António Costa de ne pas voir son camp affronter directement ses alliés au Gouvernement, les scores calamiteux des deux candidats qui s’en réclamaient ne sont pas de nature à consolider les rapports de force au sein de l’alliance des partis de gauche.

 

Toujours incapable de voter le budget, le Parlement est plus instable que jamais et les pressions européennes, économiques et sociales ne sont pas nature à réduire prochainement.

 

Dans l’instabilité davantage que dans la prospérité, le rôle du Chef de l’État sera déterminant. Plus que jamais, le pays a besoin d’un arbitre.