Les derniers sondages montrent une nette percée de Jean-Luc Mélenchon qui arrive désormais en 3ème position avec 18-19% d’intentions de vote. Combinée à l’instabilité politique actuelle, cette montée peut, de manière assez improbable mais pas impossible, le propulser au second tour de la présidentielle et le laisser envisager une victoire finale. Toutefois, en cas de victoire, le Président Mélenchon serait sans doute celui qui, avec Marine Le Pen, aurait le plus de difficultés à constituer une majorité stable à l’Assemblée. Son élection et le début de mise en œuvre de son programme provoquerait à court terme une période d’incertitudes : crise politique européenne rapide, possible crise des marchés financiers…

Le programme de Jean-Luc Mélenchon prévoit, à côté des élections législatives de juin, la mise en place d’une Assemblée constituante qui serait élue et/ou tirée au sort pour écrire la Constitution de la VIème République. En vertu de la Constitution actuelle, la mise en place d’un tel processus est possible uniquement par la voie de la révision de la Constitution de 1958. Le candidat de la “France insoumise” propose donc d’organiser un référendum[ii] dès son élection afin d’engager ce processus. La France entrerait donc quasi-immédiatement dans une nouvelle campagne électorale pour ce référendum ainsi que pour les élections législatives.

Dans ce contexte, il est possible d’imaginer la mise en place d’un “gouvernement de combat” pour cette période transitoire mouvementée. N’ayant que  peu de cadres expérimentés et ayant besoin de jouer la carte du rassemblement en vue d’une majorité lors du référendum et d’une courte majorité relative aux élections législatives de juin, Jean-Luc Mélenchon chercherait sans doute à constituer un gouvernement avec des personnalités issues du PS, des radicaux de gauche, des écologistes et du PCF. S’il parvient à bien négocier ses premiers pas de Président de la République et qu’il rassemble les forces de gauche hostiles à la politique de François Hollande, il est possible que M. Mélenchon bénéficie au moins d’une majorité relative suite aux élections législatives des 11 et 18 juin. Alternativement, seule la droite semble en mesure de disputer la majorité à la France insoumise. Le cas échéant, un gouvernement LR dirigé par un cadre tel que M. Baroin mettrait en œuvre le programme de François Fillon tandis que M. Mélenchon se concentrerait sur la supervision des travaux de l’Assemblée constituante.

Le Président Mélenchon serait sans doute tenté de placer, au moins lors de la mise en place du premier gouvernement France insoumise, des personnalités d’ouverture aux postes clés :

  • Le poste de Premier ministre serait sans doute confié à une femme ayant un profil très différent à celui de Jean-Luc Mélenchon. On pourrait imaginer que ce poste soit proposé à Cécile Duflot ou à Christiane Taubira. Matignon pourrait aussi échoir à Danielle Simonnet (élue PG de Paris), qui présente l’avantage d’être une fidèle de Jean-Luc Mélenchon et d’avoir un profil consensuel. Une nomination de Benoît Hamon, en remerciement d’un probable ralliement au soir du premier tour, et afin de marquer l’alliance légitime avec la gauche du PS, aurait également un sens politique.
  • Les Affaires étrangères pourraient changer de nom, ministère des relations internationales par exemple, et être proposées à Pierre Laurent (leader du PCF) afin de souligner le poids du Parti communiste français dans la majorité présidentielle.
  • Le ministère de l’économie serait sans doute transformé en “Ministère de la transition écologique” et confié à une personnalité de la société civile comme Thomas Piketty ou à la socialiste Marie-Noëlle Lienemann.
  • Arnaud Montebourg, bénéficiant de réseaux dans l’industrie suite à son passage à Bercy pourrait également y revenir, à l’image de Jacques Delors en 1981, pour jouer le rôle de caution “raisonnable” et rassurer les marchés financiers, ou alternativement se voir confier le Quai d’Orsay.
  • Symbole de la lutte contre anti-corruption, Eva Joly pourrait être nommée Garde des Sceaux.

Certains proches pourraient aussi hériter de portefeuilles importants :

  • Si elle n’obtient pas Matignon, Danielle Simonnet pourrait se voir confier le ministère du Travail et des Affaires sociales.
  • Clémentine Autain (Conseillère régionale d’Ile-de-France) devrait également avoir une place dans le dispositif ministériel, par exemple à la lutte contre l’exclusion et à la pauvreté.
  • Le ministère de la Défense pourrait échoir à Alexis Corbière ou Djordje Kuzmanovic (porte-parole international et Défense de Jean-Luc Mélenchon) qui semblent animer la réflexion de M. Mélenchon sur ces sujets.
  • Il est également possible d’imaginer des co-ministères ou de co-porte-parolats, notamment pour la mise en place de l’Assemblée constituante qui pourrait être coordonnée par Mathieu Dupas (docteur en Droit public et proche de Jean-Luc Mélenchon) et Charlotte Girard (maître de conférences en Droit public et proche de M. Mélenchon).
  • De même, symétriquement à ce qui envisageable en cas de victoire de M. Macron, Jean-Luc Mélenchon pourrait nommer des maires communistes qui pourraient incarner une forme de renouvellement et avoir une aptitude à la gestion exécutive. Des maires de « banlieue rouge », à l’image de Philippe Bouyssou, le maire d’Ivry-sur-Seine, se verraient éventuellement confiés des portefeuilles relatifs à l’action sociale et/ou à l’urbanisme.

Ce gouvernement aurait pour tâche de gouverner, en cas de majorité France insoumise au Parlement et de mettre en œuvre le programme de la France Insoumise en attendant que la Constitution de la VIème République soit prête à être adoptée. 

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