Nous, citoyens français et européens, membres de Point d’aencrage, fêtons les 60 ans du Traité de Rome, qui lançait la grande aventure de la Communauté économique européenne (CEE).

Nous fêtons cet anniversaire car la construction historique qu’il représente nous rend fiers. Fiers que nos pays se soient montrés capables de dépasser les rapports de force meurtriers.

Nous nous sentons profondément européens. Certains d’entre nous ont étudié à l’étranger, nous passons les frontières sans contrôles, nous avons des amis à travers plusieurs pays, nous croyons à la coopération policière entre les forces de sécurité nationales, nous pensons que l’unité économique de la zone Europe apporte une nécessaire stabilité. L’Europe finance nos infrastructures et nous permet d’envisager des réponses crédibles sur les questions climatiques comme commerciales. L’Union européenne est pour nous une réalité et un horizon.

Le projet européen va cependant très mal. L’Europe est au bord de la crise de nerfs et la léthargie des responsables nationaux et européens menace son intégrité et son futur. Trop de promesses n’ont pas été tenues et le langage même de l’Union européenne la rend parfois incompréhensible.

Ultime illustration de cette crise, le cadeau d’anniversaire de l’Europe sera le déclenchement par le gouvernement britannique de l’article 50 du Traité de l’Union européenne. Introduit par le Traité de Lisbonne il y a moins de 10 ans, l’article 50 a créé la possibilité pour un État membre de sortir de l’Union européenne. Désormais, cette possibilité est devenue réalité.

Il n’est pas question de renier le Brexit mais bien d’y réagir, en prenant pleinement la mesure des conséquences: l’Union européenne s’est élargie, mais cela s’est fait en délaissant l’approfondissement, vieux débat qui nous revient comme un boomerang.

La récente initiative française, allemande, espagnole et italienne en ce sens est intéressante : chaque État membre doit avoir la possibilité d’avancer vers une coopération plus forte dans des domaines spécifiques comme la défense, l’harmonisation fiscale, les politiques de développement écologique et même la création de mécanismes sociaux. L’intégration différenciée est un moyen de coopérer davantage en créant les conditions permettant aussi de lutter contre les effets pervers de la construction européenne, sans pour autant remettre en cause l’unité à 27. Là est le défi. Là est notre chance.

Cette volonté d’avancer sur des dossiers concrets ne peut plus se faire sans l’accord des citoyens. Nos institutions doivent être plus transparentes, c’est-à-dire donner un accès à l’information aux citoyens par le biais de comptes-rendus de position, associer les parlementaires européens aux processus de décision et non pas simplement solliciter leur approbation a posteriori, renforcer la coordination entre parlements nationaux et européens.

Ce ne sont pas seulement des litanies pro-européennes mais une volonté de montrer que les jeunes européens ont faim d’une Europe qui s’assume, qui fonctionne, qui lui parle et qui relève les défis qui sont essentiels pour l’UE. La construction européenne n’a avancé que quand les responsables européens se sont sentis au pied du mur. Le 60ème anniversaire de la CEE est un de ces moments-là.