En cas de victoire d’Emmanuel Macron, les deux partis de gouvernement, PS et LR, vivraient une crise d’ampleur, surtout s’ils étaient exclus du second tour. L’accord en vue des élections législatives entre le candidat Benoît Hamon et EELV serait sans doute rompu par la direction du PS. La majorité des députés socialistes légitimistes sortants feraient alors campagne en indiquant vouloir soutenir sous conditions le nouveau gouvernement. Ces derniers se verraient malgré tout opposer un candidat d’En marche ! . En effet, le Président Macron voudra probablement éviter de commencer sa présidence en la faisant apparaître comme une “recyclerie” de la précédente majorité. Les « frondeurs » se verraient bien entendu eux aussi opposer un candidat estampillé majorité présidentielle. Dans le même temps, les candidats LR/UDI proches des thèses centristes pourraient également indiquer vouloir appartenir à la future majorité de M. Macron. Cependant, la “saignée” de la droite vers E. Macron serait sans doute limitée. En effet, la droite est structurellement majoritaire en France et il n’est pas improbable que LR soit en situation de remporter les prochaines élections législatives ou à défaut d’accéder au pouvoir en 2022. En outre, la perspective de voir le Président Macron confronté à une impopularité rapide face aux difficultés du pouvoir et donc à celle de conquérir des mandats lors des élections intermédiaires devraient aussi limiter les fuites. C’est pourquoi, à quelques exceptions près, la droite devrait faire bloc en vue des élections des 11 et 18 juin prochains, sauf si le score de Fillon est particulièrement mauvais, ce qui pourrait amplifier les tensions internes observées lors du « Penelopegate ».

Le Président Macron devrait nommer un Premier ministre, choix hautement symbolique qui pourrait obéir aux logiques suivantes :

  • Macron pourrait sélectionner un profil politique, expérimenté et bon connaisseur des arcanes du parlement afin d’éviter les “couacs” lors de l’adoption des premières réformes et de former un profil complémentaire au sien : Le Drian ou Gérard Collomb, voire Richard Ferrand, pourraient alors accéder à Matignon.
  • Le nouveau Président pourrait également enfoncer le clou du renouvellement et appeler une femme ayant un profil “politicien” moins marqué à l’image de Laurence Parisot, de Sylvie Goulard (députée européenne centriste) ou de Christine Lagarde.
  • Enfin, Emmanuel Macron pourrait nommer une personnalité qui combine les deux qualités suscitées tout en étant peu connue : Bariza Khiari, sénatrice depuis 2004 présente l’avantage de connaître les mécanismes parlementaires, sans être connue du grand public. Elle est en outre une femme issue de la diversité.

De plus, en vue de préparer les élections législatives, le Président Macron nommerait sans aucun doute un gouvernement comprenant de nombreuses personnalités issues de la société civile tout en récompensant ses plus proches soutiens :

  • Jean Pisani Ferry, économiste ayant grandement contribué à l’élaboration du programme du candidat Macron, pourrait obtenir un ministère économique.
  • Benjamin Griveaux, porte-parole d’En Marche! Pourrait être nommé ministre de la Santé.
  • Laurence Haïm (journaliste spécialiste de la politique américaine pour le groupe Canal+) pourrait obtenir le porte-parolat du gouvernement ou le ministère de la culture.
  • Le ministère du Travail pourrait échoir à Christophe Castaner (député PS de la région PACA), rapporteur de la loi Macron sous la précédente législature, qui a également effectué une mission sur l’épargne salariale.
  • De plus, afin de tenir sa promesse de renouveler la politique, le Président Macron pourrait être tenté de « faire monter » une jeune génération d’élus de terrain et notamment de maires. En effet, si les Français semblent désormais rejeter en bloc la classe politique, les élus municipaux conservent une certaine légitimité aux yeux des électeurs. Ils présentent également l’avantage de diriger des exécutifs et dont d’être habitués à la gestion.

L’enjeu des élections législatives serait alors de conforter ce gouvernement en donnant une majorité absolue à En Marche!. En cas de majorité relative, le Premier ministre devrait alors, pour obtenir le soutien de l’Assemblée nationale, composer avec l’aile réformiste du Parti socialiste, l’UDI et l’aile la plus à gauche de Les Républicains. On se dirigerait alors sans doute vers un gouvernement de « grande coalition » à l’allemande. L’assemblée nationale serait donc quadripolaire et comprendrait : un pôle centriste majoritaire, une opposition de gauche conduite par M. Mélenchon et ses députés de la France insoumise avec le vraisemblable soutien de l’aile gauche du PS, une opposition de droite conservatrice et libérale et une opposition d’extrême-droite conservatrice et économiquement « sociale ».

En cas de majorité absolue pour En Marche!, les ailes centristes du PS et de LR, ainsi que l’UDI se verraient définitivement marginalisées : tout leur espace politique serait occupé par En Marche! largement majoritaire et qui présente en outre l’avantage d’incarner le renouvellement. Cela pourrait conduire la jeune génération plutôt progressiste de ces mouvements (Matthias Fekl, Axelle Lemaire, Najat Vallaud Belkacem… à gauche, Benoist Apparu, Virginie Calmes, Nathalie Kosciusko-Morizet… à droite) à durcir sa position pour exister.

En outre, il convient de noter que l’hypothèse d’un gouvernement Macroniste minoritaire apparaît grandement improbable. Les élections législatives suivront de près le second tour de l’élection présidentielle, permettant aux candidats « marcheurs » de bénéficier de la dynamique électorale amorcée le 23 avril.

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