Point d’aencrage n’est pas un parti politique mais un espace de réflexion. Pourtant, nous avions envie de partager notre analyse “à chaud” sur cette campagne d’entre deux tour qui débute, notamment parce qu’il nous semble que tous les progressistes, toutes tendances confondues, doivent chercher à éviter deux écueils.

1/  « Ouf », pas « houra ». Tout progressiste peut ressentir un « ouf » de soulagement en observant que le Front national n’est pas le « premier parti de France » et que le second tour n’obligera pas les électeurs à choisir entre la droite ultra-conservatrice et l’extrême-droite. Mais ce « ouf ! » relatif ne peut pas se transformer en « houra ! ».

Le FN est au second tour et continue à se rapprocher du pouvoir. La carte est trop bleue marine et les scores du FN sont historiques dans les territoires les plus pauvres de France, de la Corse au Pas-de-Calais. Ce n’est pas la première fois, mais cette fois c’est pire. Le FN de 2017 est plus dangereux que celui de 2002 et il s’est considérablement renforcé. Les nationalistes ont appris de leurs erreurs du passé. Dans plusieurs collectivités françaises comme ailleurs en Europe, une fois au pouvoir, ils mettent en oeuvre tous les outils (légaux mais aussi parfois à la limite de la légalité) pour le rester.

Ce premier tour, c’est aussi un rapport de force entre la gauche et la droite largement en faveur de la seconde. Il faut rappeler que, malgré les affaires judiciaires dont leurs deux principaux représentants font l’objet, les candidats de la droite ultra-conservatrice et de l’extrême-droite totalisent 46 % des voix. Les candidats de gauche ou d’extrême-gauche, eux, ne totalisent que 28 % des voix. Pas de quoi crier victoire, là non plus, au contraire.

2/ Ne pas se tromper de question. Les avis divergent parmi les progressistes (et au sein même de point d’aencrage) sur le programme d’Emmanuel Macron. Ces avis regroupent tant les désaccords que les espoirs qui ont été exprimés depuis la création d’En Marche. Vous pouvez soutenir ce projet pour l’offre politique nouvelle qu’il incarne, ou lui trouver de trop nombreux défauts. La question posée le 7 mai est toutefois différente. Il s’agit de celle-ci : « souhaitez-vous que le projet de Marine Le Pen continue à progresser dans les esprits et dans les urnes ? ». Les progressistes ne peuvent que répondre non. Il convient donc de lutter tant contre le vote FN que contre l’abstention (qui rehausse mécaniquement le score du FN et la rapproche très dangereusement du pouvoir).

Le Front national n’est plus un simple épouvantail dont les autres partis usent et abusent. C’est un parti à une marche du pouvoir présidentiel dans un système où le président dispose de larges prérogatives. Si elle prétend donner l’illusion de la rupture, Marine Le Pen n’en présente pas moins un programme dangereux, anti-humaniste, xénophobe, absurde sur le plan sécuritaire, social et économique. Elle n’a aucune solution pour le peuple et risque de casser la France et l’Europe dans un même mouvement. Ceux que le FN prétend défendre seraient les premiers à souffrir de sa politique.

Ce texte venant d’un think-tank de gauche, les partisans de Marine Le Pen auront beau jeu de critiquer une fois de plus « l’arrogance » de ceux qui osent décrire son projet pour ce qu’il est. Cependant, rentière de la politique sur trois générations, régnant avec son clan sur un parti où l’antisémitisme n’est jamais loin, accusé de détourner l’argent public européen et déserteur des travaux du Parlement européen, cherchant des soutiens chez ceux qui veulent affaiblir la France, Marine Le Pen ne peut donner de leçons à personne.

La séquence amorcée dimanche dernier ne s’arrêtera en effet véritablement que le 18 juin, avec le second tour de l’élection législative. Ce que chacun pense d’Emmanuel Macron et de son programme pourra alors être exprimé librement dans ce vote. Les doutes, les réserves et les désaccords, c’est pour cette échéance qu’il faut les garder. Par sa configuration, l’enjeu du second tour de l’élection présidentielle porte au-delà : il s’agit d’identifier, clairement, par son vote, celui des deux programmes proposés pour le second tour de cette présidentielle qui est dangereux pour notre pays. Infliger au Front national la défaite la plus large possible le 7 mai, voter contre Marine Le Pen, donc. Pour cela il n’y a qu’une seule solution, voter Emmanuel Macron.

Plus tard, il conviendra, de s’interroger plus profondément sur ce que signifient les résultats de ce premier tour, qui semblent dessiner deux « France ». Ces deux camps, représentés par deux candidats dont la forme de la campagne, le programme et la sociologie du vote sont à l’opposé, mais qui disent l’un comme l’autre beaucoup sur l’état de la société française et sur les incompréhensions mutuelles en son sein. Deux France, voire davantage puisque notre pays semble aujourd’hui divisé entre 4 camps irréconciliables. Il faudra aussi parler de la place des médias et des sondages dans les dynamiques de campagne, sur le rôle des primaires et, bien sûr, sur le rôle (ou son absence) joué par les partis politiques.

Au-delà de ces réflexions, il y a à l’évidence du travail pour les progressistes dans les semaines, mois et années à venir. Point d’aencrage sera au rendez-vous, comme il l’a déjà fait durant la campagne en réfléchissant sur l’évolution de notre démocratie à l’heure du numérique. Nous allons continuer à alimenter le débat public car nous pensons que les idées humanistes, de progrès social et environnemental, de démocratie, l’ouverture et la construction européenne seront d’autant mieux défendues si la qualité du débat s’améliore et que les actions suivent. Si cette démarche vous intéresse, notre porte est toujours ouverte.