Nos voeux 2019

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Bonne année. Point d’aencrage vous souhaite une excellente année 2019. A chacun d’entre vous, nous souhaitons beaucoup de joie, de bonheur et de santé. Certains d’entre vous nous suivent depuis notre création en 2012, d’autres depuis quelques semaines, et nous souhaitons vous remercier de nous lire et de participer à nos événements, notamment les lève-tôts qui assistent à nos « cafés crème ». En partageant ces vœux, une question s’impose toutefois : que peut-on souhaiter à notre pays qui entre dans une nouvelle année en pleine tension et en situation d’impasse ?

Dignité. Il y a encore beaucoup de travail pour analyser dans toute la diversité du mouvement des gilets jaunes. Retenons néanmoins un élément, diffus mais éclatant. Les gilets jaunes, qu’ils soient apolitiques, militants de longue date, acculturés aux idéologies d’extrême gauche ou droite, ont à leur manière tous exprimé une chose commune : une partie de notre pays ne se sent ni considérée, ni écoutée, ni défendue. Et elle a du mal à croire qu’elle puisse encore être représentée. Alors que depuis des années la question sociale a été largement évacuée au profit de celle de la compétitivité, les gilets jaunes constituent, entre autre, un spectaculaire retour en boomerang de la demande de dignité, celle qui passe souvent par le travail, mais qui ne peut pas y être réduite. Une dignité sociale, économique et politique.

Impasse. Il est évident qu’Emmanuel Macron porte une large responsabilité dans la situation actuelle. Il convient toutefois d’être précis dans les reproches. Seulement 18 mois après son élection, il ne peut être jugé responsable des déserts médicaux, de la dépendance à la voiture à laquelle nombre de Français ne peuvent échapper du jour au lendemain ou encore de la diminution des services publics. Il est cependant clairement à blâmer pour sa pratique verticale du pouvoir, vidant de leur substance politique les
rôles des ministres, parlementaires, syndicats et autres corps intermédiaires. Quand on gouverne seul, on rend sa tâche impossible. Le choix annoncé d’une politique économique continuant de mettre au cœur la libéralisation de la concurrence, la recherche de compétitivité avant de penser une économie de partage, a été aggravé par le choix de petites phrases inutilement provocantes appuyant sur les différences entre les catégories sociales, les contributeurs d’un côté et les dépendants de l’autre. L’oubli des conditions de son élection paraît également grave. Emmanuel Macron a été élu par un ensemble varié de citoyens attachés à la République, potentiellement
intéressés par le dynamisme de l’ancien ministre de l’économie, mais avant tout opposés au Front national et à ses mensonges. L’enjeu du mandat d’E.Macron était ainsi la cohésion nationale et l’apaisement d’une France déjà fracturée, et non de se réfugier derrière le monarchisme républicain pour esquiver les débats sur la fiscalité et sur les moyens de la transition écologique.

Débat national. La crise nationale passée et présente impose une consultation des citoyens. Pas sous la forme de questions bêtes et méchantes posées à un peuple que l’on invoque à tort et à travers mais dont on refuse de voir la complexité et d’interroger la manière de réparer ses fractures. Face à l’impasse, le lancement du « Grand débat national » peut-il être une manière de reprendre le dialogue ? La manière dont il a été lancé peut faire craindre que non, même s’il est trop tôt pour jugé. La nécessité d’un tel débat est en tout cas évidente et il faudrait construire des formes de débat plus inclusives, moins instrumentalisés, plus sérieuses, en un mot, plus sincères. Et si, au final, la solution n’était-elle pas de relégitimer autant la parole du peuple que celle des corps intermédiaires dans leur capacité à représenter et à expliquer les difficultés et les fractures de notre pays ?

Institutions numériques. Au-delà du mouvement des gilets jaunes, l’enjeu du grand débat pourrait être d’entrer une bonne fois pour toute dans un processus de création de nouvelles institutions numériques capables de changer l’impression de la plupart des citoyens qu’ils ne sont en réalité jamais conviés à la discussion. Point d’aencrage travaille depuis plusieurs années sur la rénovation de la participation démocratique, notamment via internet, et a fait de nombreuses propositions à travers son rapport
« Démocratie, technologie et citoyenneté : construire nos institutions numériques » pour établir des voies cohérentes d’expression populaire de la commune jusqu’à l’Union européenne.

Grand écart. Le temps presse pour relancer notre démocratie. Si elle ne reprend pas rapidement ses droits, le risque est que l’impasse actuelle se transforme en catastrophe supplémentaire au niveau européen. Les élections au Parlement européen en mai prochain pourraient conduire les partis d’extrême droite à renforcer le nombre de leurs députés et ainsi à paralyser l’institution qui doit servir de relai démocratique au sein de l’Union européenne et agir comme contre poids à une Commission européenne toujours moins légitime. Point d’aencrage n’a jamais épargné l’UE de ses critiques, mais nous avons tout aussi clairement dit que la rénovation de la démocratie au niveau local et national n’a de sens qu’avec des solutions globales, et notamment européenne. La paralysie à Bruxelles et Strasbourg ne serait ainsi pas une victoire des peuples, juste un gâchis supplémentaire pour répondre aux urgences environnementales qu’ils subissent ; et un levier de moins pour trouver des solutions économiques et sociales pérennes, qui dépasse l’horizon insuffisant de la frontière la plus proche. Lutter efficacement contre le dumping social, le terrorisme ou le réchauffement climatique ne peut se faire qu’au niveau européen. L’Europe doit être convoquée dans le grand débat national qui commence.

Reconstruire dans l’urgence. Les mouvements progressistes sont en friche. Les deux formations les plus dynamiques de la campagne présidentielle de 2017, la France Insoumise et En Marche, sont en effet entrées dans des phases de glaciation en raison du verrouillage du débat interne. L’effondrement provoqué par le mandat de François Hollande a par ailleurs engendré la création de différentes initiatives à gauche qui ne sont pas encore opérationnelles pour peser de manière effective dans la situation actuelle. Leurs voix sont pourtant essentielles dans la phase de confrontations actuelle. L’enjeu est ainsi que la page du quinquennat précédent soit tournée une bonne fois pour toute et que quelque chose de nouveau, porté par de nouveaux visages, émerge et reprenne place sur l’échiquier politique.

Modestie. Pour tous ceux qui s’intéressent à la chose publique, la première réaction dans la phase actuelle doit être celle de la modestie. Le débat d’idées paraît très abstrait quand la colère éclate. Ce serait toutefois le pire moment pour déserter le terrain de la réflexion. Point d’aencrage a été fondée en 2012 sur le constat que l’absence de travail finirait par se retourner contre la gauche même si elle venait d’être élue à la tête des principales instituions. 2019 sera donc pour PAE une année supplémentaire au service de tous ceux qui recherchent un espace de travail sérieux pour débattre, se former et agir en politique. Votre soutien dans cette démarche sera plus précieux que jamais.

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