Pourquoi Jean-Michel Blanquer, Frédérique Vidal et Muriel Pénicaud devraient (aussi) être comptables de la transition écologique?

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La démission de Nicolas Hulot le 28 août dernier avait été provoquée par le sentiment
général du ministre d’alors qu’il n’avait plus les moyens de mettre en œuvre sa politique. Et cette réunion à l’Elysée où un lobbyiste défendant les intérêts des chasseurs s’était invité avait été la goutte d’eau qui avait fait déborder le vase. Au-delà de la question du lobbying, qui dépasse largement le champ de l’action du Ministère de l’environnement, le sentiment alors exprimé par Nicolas Hulot touchait du doigt une réalité fondamentale de l’action du gouvernement : celui du hiatus entre la transition écologique affichée comme « l’urgence des urgence » et le sentiment que, dans la réalité, cet enjeu était loin de se trouver si haut placé dans la hiérarchie des priorités et des contraintes. C’est une même idée que Pascal Canfin avait avancé, quand il rappelait que, si tous les ministères étaient mis à contribution lorsque le déficit public français risquait de dépasser le seuil de 3 % du PIB, il n’en était pas de même lorsque les émissions de gaz à effet de serre dépassaient le « budget carbone » fixé pour l’année. Et si l’écologie n’était plus cantonnée aux écologistes ?

 1. L’ écologie doit devenir la préoccupation de tous les corps sociaux. 

De fait, si l’écologie a progressivement gagné sa place dans les enjeux sociaux, elle n’a pas encore irrigué tous les sujets et elle reste encore une rubrique parmi d’autres des médias, une question rapidement abordée dans les programmes scolaires et un enjeu dont seul le ministre de la transition écologique et solidaire a la responsabilité. Le cœur du problème est peut-être là, et, face au sentiment d’incapacité qui peut toucher ceux qui promeuvent une politique climatique ambitieuse, la réponse peut-être de mettre davantage la pression à l’immense majorité des corps sociaux et institutions qui ne savent pas qu’ils ont, eux aussi, à parler d’écologie. 

Lister ces grands corps sociaux c’est faire apparaître des enjeux trop peu traités mais aussi une hiérarchie dans l’aberration de l’absence de cette prise en compte. Ainsi, certains pans de la société – parfois parce qu’ils ont pris conscience de l’enjeu, bien souvent parce qu’ils ont été confrontés au risque politique et réputationnel de ne pas s’en préoccuper – ont commencé – et commencé seulement bien sûr – à intégrer ces problématiques. La question concerne les ministres comme l’ensemble des acteurs des sphères sociales dont ils ont la charge. Si on découpe la société en autant de sphères que de ministres de ce gouvernement on peut alors identifier trois groupes : i) ceux qui sont déjà tenus pour co-responsables de la transition écologique (et sont donc un peu obligés de s’intéresser à la question) mais qui pourraient faire davantage ; ii) ceux dont le lien est si évident qu’on se demande pourquoi leur responsabilité n’est pas plus mise en avant dans le

débat public ; iii) ceux dont le lien avec l’enjeu écologique est plus lointain mais dont il faudra bien qu’ils s’y intéressent un jour.

2. Justice, travail, recherche et éducation : les thèmes oubliés de la transition

Sans en déduire que leur action est satisfaisante, les enjeux qu’on peut ranger dans le premier groupe sont assez clair : les affaires étrangères, l’agriculture et de l’alimentation et la sphère économique et financières. Ces acteurs – tant au niveau des Ministères concernés que des corps intermédiaires qui composent leurs sphères d’influence – ont commencé à intégrer ces problématiques dans leur action (encore une fois timidement au regard des enjeux). La plupart des grandes entreprises tentent de communiquer sur leur responsabilité dans la transition écologique, le réseau diplomatique est mobilisé sur le sujet depuis l’Accord de Paris et le Ministre de l’Agriculture est régulièrement interrogé sur l’impact environnemental de l’agriculture. Bruno Le Maire (et Gérald Darmanin dans une moindre mesure), Didier Guillaume et – peut-être légèrement moins que les deux autres cependant – Jean-Yves Le Drian sont tenus pour interlocuteurs évident à tous ceux qui voudraient « booster » l’action gouvernementale sur la transition écologique. On peut rajouter les questions de santé, même si l’implication des changements climatiques sur la santé publique est souvent éclipsée par des sujets de plus court terme et les enjeux liés aux territoires d’outre-mer puisque la question se pose plus directement à ces derniers et à plus court terme avec l’augmentation des catastrophes climatiques. Enfin, on peut espérer que la crise des gilets jaunes ait rappelé à tous la nécessité d’adapter notre politique d’aménagement du territoire à la transition écologique. Mais les autres ?
Mais au-delà de ces acteurs, il reste des pans entiers de la sphère sociale dont le lien avec les problématiques environnementales sont évident et qui sont pourtant trop peu sollicités et responsabilisés sur le sujet. En effet, pour mettre en œuvre une transition écologique il faudra :

renforcer le droit de l’environnement ce qui implique une formation des magistrats et l’implication de la garde des sceaux ;
adapter notre marché du travail aux bouleversements sectoriels qu’elle suppose ;
rendre cohérente la politique de recherche, au niveau français comme européen avec les besoins technologiques de cette transition ;
impliquer l’ensemble du corps enseignant dans l’éducation aux enjeux écologique, tant il est vrai que cette transition ne se fera pas sans prise de conscience citoyenne.
Pourtant, à notre connaissance, Nicole Belloubet, Muriel Penicaud, Frédérique Vidal et Jean-Michel Blanquer ne sont pratiquement jamais interrogés par des journalistes sur la contribution la cohérence des politiques dont elles ont la charge avec la transition écologique.

Il semble enfin raisonnable de ranger les enjeux de défense, de sécurité et de culture comme ayant un rapport un peu plus lointain avec la transition écologique à court terme. A long terme toutefois, le seul sujet des réfugiés climatiques et des conflits que peuvent générer leur augmentation exponentielle dans le monde suppose une implication totale des deux premiers. On pourrait aussi rajouter la politique concernant le sport : la question du bilan environnemental des JO 2022 étant toutefois à intégrer au sein d’une problématique plus large des infrastructures.
Au final, lister les enjeux politiques et sociaux, les corps intermédiaires et les différents ministres du gouvernement qui y sont associés c’est faire apparaître les liens évidents entre leur action et la transition écologique. Cette dernière, interroge, au-delà des enjeux de mode de production de l’énergie et de mobilité, l’ensemble de notre mode de production et donc de notre mode de vie. Elle interroge notre perception de la richesse, les conditions de la préservation de ce qui nous entoure, de notre capital naturel à nos instructions sociales. Il faut donc se donner les moyens d’interroger et de responsabiliser l’ensemble des acteurs de notre société et pas seulement ceux à qui on a délégué la question environnementale.

3. Propositions

  • Créer un programme interdisciplinaire dès l’école et jusqu’au lycée sur la transition écologique.
  • Organiser une conférence intersyndicale sur l’évolution de l’emploi en cohérence avec la stratégie nationale bas-carbone.
  • Orienter davantage la recherche publique vers les domaines utiles à la transition écologique.
  • Mettre en place une formation des magistrats (droit public et privé) aux problématiques du droit de l’environnement.
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